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De l’importance de la correspondance

Depuis que j’ai commencé à écrire, j’ai, d’instinct, rédigé des lettres, que ce soit pour écrire à un amoureux à qui je n’osais pas m’adresser de peur d’un rejet, à mes meilleurs amis pour leur exprimer mon amour ou donner des explications concernant une dispute…

Puisque oui, j’ai toujours fui le conflit, préférant prendre sur moi pour désamorcer la bombe, pour balayer les cris d’un geste de la main ou d’un sourire. Dans ce genre de situation, j’ai tendance à me taire, ou à dire les choses froidement, ce qui énerve d’autant plus la personne en face.

Pourtant, très vite, je me suis rendue compte que chaque conflit se règle par le dialogue. Et même, que les sentiments ne doivent pas être tus, qu’ils doivent s’exprimer avec énergie et passion. Alors j’ai commencé à écrire régulièrement des lettres à mes proches pour me décharger de mes émotions mais aussi pour établir un dialogue constructif si la personne y était réceptive.

Attention : Je ne dis pas que vous devez forcément régler tous vos conflits à coup de missive interposée ! Mais si quelquefois, comme moi, aucun mot ne passe la barrière de vos lèvres, vous pouvez toujours vous aider de l’écriture pour décharger votre flux de paroles, de pensées, d’émotions…

Pourquoi la lettre en particulier ?

Quand on écrit une lettre, on est seul avec nous-mêmes, obligé de penser à celui à qui on s’adresse, obligé de réfléchir à propos de notre vie puisqu’on doit la décrire le plus précisément possible, obligé de s’établir dans un silence introspectif (même si j’imagine que comme moi, vous aimez vous faire accompagner par une douce musique ou peut-être un morceau bien bourrin, chacun ses préférences !), obligé de se retirer du monde.

Ce dialogue différé met en confiance et permet de se poser les bonnes questions. Que vous écriviez à bâtons rompus ou que vous soupesiez chacun des mots que vous utilisez, c’est à vous de voir. En réalité, personne n’attend cette lettre. Surtout aujourd’hui, dans une société où un texto permet instantanément de dire ce que l’on a à dire.

Une lettre est un bel objet qui est très précieux pour ceux qui l’envoient et ceux qui la reçoivent. Ce qui est extraordinaire, c’est que vous n’êtes même pas obligé de les envoyer ! Vous pouvez écrire des lettres à qui vous voulez et les ranger soigneusement dans une boîte bien scellée, et si vous avez besoin de vous libérer, vous pouvez même les déchirer, les brûler, les détruire.

Il est même possible que vous vous écriviez des lettres à vous-même, comme vous le feriez avec un journal intime, mais cette fois-ci, c’est à vous que vous vous adressez ! Vous pouvez, par exemple, écrire à votre futur vous pour lui raconter ce que vous lui souhaitez, ou le faire au présent pour vous faire des reproches qui seront oubliés à partir du moment où ils seront posés sur le papier ou mieux, pour vous encourager tous les jours. Vous pouvez même l’afficher pour avoir un rappel quotidien devant vos yeux.

Et à la question : La plume ou le clavier ? Je répondrai très succinctement : faites comme bon vous semble ! Moi je fais les deux selon mon envie et ma motivation.

La découverte du genre épistolaire

Je me souviens de tous ces livres épistolaires que j’ai pu lire, la larme à l’œil, le cœur battant d’attente et que je vous recommande vivement de dévorer : Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de papates d’Annie Barrows, Lettre d’une inconnue de Stefan Zweig, Les Souffrances du jeune Werther de Johann Wolfang von Goethe, Du fond de mon cœur de Jane Austen, Dracula de Bram Stoker, et tant d’autres encore….

Je me souviens de mon espoir juvénile en voyant le facteur s’approcher de ma boîte aux lettres. Je me souviens noircir des pages entières à la gloire des cheveux blonds de mon amoureux de l’époque, d’exprimer mon désarroi et ma colère face aux brimades que j’ai subi, d’expliquer à quel point je ne pouvais plus me passer de mon amitié avec mon meilleur ami, d’avouer la rancœur que j’avais accumulée pendant plusieurs années pour une amie d’enfance…

Je me rends compte que mon amour de l’écriture a commencé le jour où j’ai écrit « Cher ami… » et que mon envie d’être autrice s’est déployée à ce moment-là parce que j’avais alors déjà trouvé mon premier lecteur.

Avoir une relation épistolaire fut pour moi une révélation.

Depuis près de 10 ans maintenant, j’entretiens une relation épistolaire avec une amie. Je ne saurais pas vraiment vous donner le nom exact de notre relation mais je sais qu’elle est devenue une sœur à mes yeux, une amie de longue date, ma confidente…

Quand j’étais en première, et elle, en terminale, nous nous retrouvions chaque semaine pour déjeuner ensemble et quelquefois, je ne pouvais pas venir ou elle était occupée : les aléas de la vie. Mais très vite, nous nous sommes dits : « Et si on s’écrivait un mail pour se raconter nos vies quand on ne peut pas se voir ? ».

A part une longue pause due à nos vies chaotiques et chargées, nous nous sommes écrits un minimum d’une fois par mois chacune. Quelquefois plus si l’envie et le temps nous le permettaient. Pour vous faire comprendre l’ampleur de cet échange, nous nous sommes écrit des centaines de mails, des milliers de mots. La moyenne de longueur de nos mails est d’une dizaine de pages Word, tellement nous ressentons le besoin de tout nous raconter.

Lui écrire est toujours un soulagement, une bouffée d’air frais, un fort moment d’introspection. Je lui écris mes doutes, mes douleurs et mes failles, ce qui ne va pas, ce qui m’angoisse, me fait peur, me fait souffrir. Je lui écris ce pourquoi je suis reconnaissante, ce qui m’a rendu heureuse, ce qui me fait du bien actuellement, ce dont j’ai besoin… Je prends le temps de réfléchir sur moi-même, j’analyse l’impact de toutes les petites choses de mon quotidien et j’y mets de l’ordre par la même occasion.

Et le mieux dans tout ça, c’est de recevoir ses mails, y lire le récit détaillé de sa propre vie, comme si je lisais un très bon roman. Mais je peux y réagir comme je l’entends. Comme nous l’avons évoqué plusieurs fois à travers nos échanges : c’est comme un journal intime, sauf que là il nous répond et nous conseille. Incroyable, n’est-ce pas ?

Et vous, est-ce que vous entretenez une relation épistolaire ? Ecrivez-vous des lettres et si oui, qu’est-ce que cela vous apporte ? Si ce n’est pas le cas, je ne peux que vous conseiller de saisir votre plume (ou votre stylo) et d’apposer votre douce écriture sur le support de votre choix !

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